• L’illuminant illuminé

    Y a-t-il sur cette basse terre quelque chose de plus romantique qu’une partie d’auto-tamponneuse avec une kalach ? Quoiqu’on en pense, tout Amir est là; c’est l’unique question par laquelle je puisse entamer ce portrait. Je voudrais vous parler d’une amitié comme il me semble qu’on n’en fait pas beaucoup. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’un et l’autre – Amir et moi, qui vous parle au micro – on a toujours préféré le terme « camarade ». Entre nous, pas de sentimentalisme. Ce qui nous lie, depuis plus de dix ans, c’est avant tout une solidarité constante ; dans nos projets, dans nos épreuves, dans nos tourments. Mais surtout, il…

  • Morriña

    Lorsque j’entends parler du Celta Vigo pour la première fois, j’ai onze ans. Au mois de mars de l’an 2000, le Racing Club de Lens, mon club de cœur, accueille l’équipe galicienne en quarts de finale de la Coupe de l’UEFA. Quant à moi, je suis religieusement le match à la radio, le bras gauche entièrement plâtré. Quelques jours auparavant, alors qu’on tape un foot avec deux potes sur un morceau de pelouse trempée en bas de l’immeuble, je glisse… je décolle mes appuis du sol, avant de retomber, le coude en premier, sur une dalle de béton. Éclaté au sol, le petit juif ! En mille morceaux. Résultat :…

  • Constellation

    Rome, un soir de février. Dans un restaurant petit-bourgeois de San Lorenzo, autrefois moins cossu, je me repais moins des mets exquis que de la prose enivrante et frénétique d’André Suarès. L’après-midi, j’ai pénétré la librairie Stendhal, Piazza di San Luigi dei Francesi, et je suis immédiatement tombé sur des écrits fabuleux du voyageur marseillais, datant de 1895. Quinze ans avant ses textes sur Venise, Florence et Sienne, que j’ai emportés pour ce périple par la voie ferrée, Suarès avait écrit des pages flamboyantes sur la Ville éternelle; jusqu’à présent, je l’ignorais. Juché sur un tabouret du bar, je profite de l’attente entre les plats pour me consacrer à la…

  • Argentique

    Si j’avais moins hésité, j’aurais acheté ce magnifique Retinette de Kodak, aperçu dans la vitrine du photographe, rue du Cendrier, un matin d’automne. Avec l’engin en bandoulière, j’aurais pu tirer le portrait de ces cons de canards sur la jetée, au lieu de garder mes mains dans les poches vides de ma Barbour oversize. Qu’avril bourgeonne ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents, les piafs, mais je n’écris ni comme Edith, ni comme Georges Brassens pour vous raconter. A la rigueur, j’aurais pu vous montrer des clichés de ces oiseaux rieurs pas du tout de passage, contrairement à moi. D’habitude si contents de narguer les passants en pataugeant…

  • Le plus beau cul de la galaxie

    Le Pen, j’en ai soupé. Comme tous les Européens de ma génération, j’ai découvert la politique alors que l’icône de la droite populiste réalisait ses faits d’armes les plus marquants. A cette époque, je n’ai pas dix ans lorsque Zebda sort son mythique album Essence ordinaire. Cette année-là, Zidane, Thuram et consorts deviennent les symboles d’une France de Blacks, Blancs, Beurs. Une formule tragique à plus d’un titre, mais les raisons sont alors nombreuses de croire que l’Hexagone n’est pas qu’un pays de flics et de skinheads. Dans Tout semble si, le groupe d’enfants d’immigrés toulousain raconte la poussée du Front national dans certaines villes méridionales. Soyons clairs, j’ai grandi…